Où mène l'ultralibéralisme ? L'Histoire se répète...

Publié le par pablo33bordo

L'histoire, vous la connaissez.

 

 

De Wall Street à Berlin

 

En 1929, panique à Wall Street ! L'ultralibéralisme dans lequel s'est enfoncé l'Europe et les Etats-Unis, emporte tout avec sa crise. Les thèses keynésiennes n'étant pas encore à l'ordre du jour, les Etats peinent à réagir (il faudra attendre le New Deal de Roosevelt, élu en 1932) et la situation ne peut qu'aller en s'empirant. 

En France, les ligues d'extrême-droite, antiparlementaires, montent en puissance et manifestent publiquement le 6 février 1934 face à l'incapacité des pouvoirs publics à faire face à la crise. Déjà très présent en France, comme l'a montré l'affaire Dreyfus en 1898, l'antisémitisme et la xénophobie progresse.

Dans la république de Weimar allemande, le parti nazi monte à chaque élection (déjà 107 députés en 1930) jusqu'à avoir, de façon parfaitement démocratique, la majorité en mars 1933. Hitler est à la tête du pays.

 

Douze ans plus tard, l'Europe est détruite, dévastée. Une véritable apocalypse. Une guerre mondiale qui aura duré 6 ans: 60 millions de morts, 35 millions de blessés, des déportations, des exterminations. Un véritable charnier dont l'Humain aura été capable d'en créer les conditions, l'accepter, le favoriser, y participer, lorsqu'il ne l'a pas subi de plein fouet.

   

Ce qu'il est important d'observer, c'est la relation entre tous ces événements. Cela est loin d'être laissé au hasard. L'ultralibéralisme, la violence économique, la crise, le désastre économique puis le désastre humain et la violence par les armes sont intimements liés, comme K.Polanyi saura le montrer dans son ouvrage La grande transformation (que j'ai acheté mais pas encore lu). La thèse de l’auteur est que l’idée d’un marché s’ajustant lui-même était purement utopique. Selon lui, une telle institution "ne pouvait exister de façon suivie sans anéantir la substance humaine et naturelle de la société, sans détruire l’homme et sans transformer son milieu en désert".

   

Plus incroyable encore est le parallèle que nous pouvons établir.

 

 

1945 - 2008: Retour à la case départ


Entre 1945 et 1975, trente ans se sont écoulés. Trente ans de prospérité économique, certes, mais aussi sociale avec une Sécurité Sociale puissante, un Etat qui intervient, régule et une Droite qui, bien qu'ayant ses propres valeurs, a compris les erreurs du passés, de l'Histoire, et ne les reproduit pas (comme le symbolise un De Gaulle). Même aux Etats-Unis, terre du capitalisme, le taux d'imposition va jusqu'à atteindre les 90% pour les plus hauts revenus !

Mais ce système a montré s'est retrouvé face à des limites économiques et personne n'a été prêt à faire l'effort du partage lorsque la prospérité matérielle commence à ne plus être aussi évidente.

 

Depuis, avec la chute du bloc communiste (que personne, à juste titre, ne regrette), entre autres, c'est donc la grande régression. Celle de l'Etat-Providence, de l'Etat qui régule, qui réduit les inégalités, des services publics. Le triomphe du libéralisme, du marché partout, de la marchandisation de tout, de la spéculation à tout va et ce, dans une économie mondialisée. Pire que resté en retrait, l'Etat agit mais seulement en faveur du grand capital, des "riches", dirais-je de façon plus triviale. Les travailleurs n'ont plus de statut et ne sont plus que des marchandises, eux aussi, à leur tour. Ce système ne profite qu'à une poignéee d'actionnaires à la tête de quelques grandes multinationales. Et tout le monde y baigne; de l'UMP au PS !

 

Puis Crac. Retour à la réalité en Septembre 2008. La crise des Subprimes éclate et plonge le monde dans la récession. Un système qui ne repose que sur le finance n'est pas viable; on le sait depuis longtemps. L'Etat réagit assez vite, mais le but est seulement de sauver le système capitaliste pour qu'il continue de plus belle. On aura bien entendu quelques temps parler de "moralisation". Une imposture ! Le tsunami continue: prédateurs, spéculateurs, tous présents. Avec, de plus, la certitude d'être sauvé par des gouvernements acquis à leurs causes. Ainsi, même s'il était nécessaire de sauver les banques, on ne peut que trouver anormal l'absence de contreparties et d'entrées de l'Etat dans les conseils d'administration.

Les limites n'ont jamais été posées; rien ne peut arrêter ces financiers.

 

Conséquence: l'Europe est en train de sombrer dans un chaos indescriptible. Oublier tout ce qu'on vous a rabâché sur un Etat grecque trop dépensier, que pour mieux vous faire avaler la pilule du plan de rigueur qui s'amorce ici. Le problème de la dette de la Grèce, de l'Espagne, du Portugal puis, demain, de l'Irlande, de la France, n'en est pas un. Le seul problème; c'est celui de la spéculation et de l'inaction politique, trop complice. En effet, pour aider la Grèce, il suffirait de leur prêter au taux de la Banque Centrale Européenne soit 1%. Au lieu que cela soit possible, on laisse ceux-ci (et le premier ministre socialiste laisse faire), emprunter à 10% à des banques qui ont emprunté à la BCE au taux de 1%. Devinez qui s'enrichit, au milieu ? On comprend l'intérêt des agences de notation, proches des banques, de baisser la note des dettes de ces Etats. Celles-là même qui avaient données la note maximale au prêts Subprimes ! Et au lieu d'arrêter ça, on demande au peuple Grecque de payer l'addition, soit l'enrichissement des banques: âge de départ à la retraite retardé, gel des salaires, suppression du 14ème mois, du 13ème mois, suppression de nombreux postes de fonctionnaires et donc des services publics etc. Papandréou, premier ministre Grecque, exécute ces ordres, condition des aides qui leurs sont accordées (par le FMI de Strauss Kahn et les pays européens). Bon prétexte pour organiser des Etats 100% libéraux économiquement.

L'Europe a été créé pour protéger; au lieu de ça, on monte les pays les uns contre les autres (jusqu'où ce nouveau désastre va t-il aller ?). Cette crise s'ajoute à la dernière et montre que le système n'est plus tenable. 

 

 

Et maintenant ?

 

La boucle est bouclée. Nous revoilà, comme en l'an 30. On a même nos nouveaux boucs-émissaires, si jamais le système venait à réussir à appauvrir encore plus radicalement les peuples: les musulmans, par exemple (je ne parle pas, ici, de la question de la Burqa qui concerne quelques extrêmistes). Lorsqu'un FN ne cesse de monter démocratiquement ( ... ) et qu'on sait qu'il est à la fois raciste et en faveur de la peine de mort, lorsqu'on voit comment le discours sur l'immigration, l'identité nationale se radicalise par une Droite qui fait un bond de 80 ans en arrière, on a le droit de le penser et de s'inquiéter sincèrement.

 

Et maintenant ? Vous rappelez vous ? L'individualisme, la guerre économique n'est jamais loin de la Guerre, au sens propre du terme: à son niveau, le phénomène des banlieues est symbolique de cet enjeu. Les erreurs du passé n'ont pas été retenues. Oh, rassurez-vous, je ne viens pas faire le grand prédicateur catastrophiste qui vous annonce la date de départ, au jour près, d'une prochaine guerre. Mais rappelons nous que la période 30-45 est d'autant plus proche de nous qu'elle s'éloigne dans le temps.

Etre conscient de cela, c'est aussi tout faire pour l'éviter. Sachons aussi que, au milieu de ça, notre pays avait été capable de grands progrès sociaux lors du gouvernement du pays par le Front Populaire de 1936 à 1938.

 

Avec cette crise économique, systèmique, agrégée à une crise écologique de grande ampleur qui se manifeste par une baisse des ressources et, donc, inévitablement, à des conflits pour y accéder (eau, pétrole etc.), tout laisse penser qu'on ne pourra qu'assister à de profonds bouleversements lors des 20 prochaines années.

Des bouleversements, certes, mais plutôt Hitler ou Front Populaire ?

 

Les deux progressent. En ce qui concerne le premier, il me semble que nous venons d'aborder largement le problème. Mais, pour le côté positif, on sent aussi cette tendance des peuples à aller vers une "Révolution" et un changement du système dominant qui détruit la planète. Une Révolution qui peut tout aussi bien se faire par les armes, que par les urnes; tout dépend de la tournure des événements. Aujourd'hui, ce qui nous permet de croire à cela, c'est le rassemblement plutôt réussi de plusieurs forces de gauche dans un "Front de Gauche", qui commence à se faire entendre, ainsi que la grande montée des Verts, qui, bien que n'ayant pas toujours un discours de Gauche (ce qu'il dément), montre qu'une part importante de la population est consciente de l'enjeu.

 

 

En conséquence, tout laisse penser que nous serons témoins de grands bouleversements mondiaux lors des deux prochaines décennies. Cela est inévitable.

Affirmer cela n'est pas prendre un grand risque; encore faut-il comprendre certains enjeux simples...

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