I/ Ma vision de l'écologie

Publié le par pablo33bordo

A/ La fin: l'être humain

 

Ma vision de l’écologie n’est pas celle de l’idéologie dominante ; Droite, Nicolas Hulot et autres Cohn-Bendit. « Sauver la planète » disent-ils. Certes. Personne ne peut le nier !

Mais dans quel but ?  


Le mien, partagé (il me semble) par un certain nombre d’écologistes, de partisans de l’anti-productivisme ou de la décroissance, est différent du leur.  


Je vais partir du deuxième impératif catégorique Kantien qui stipule : « Agis en sorte que toi-même ou autrui ne soit pas traité uniquement comme un moyen mais aussi comme une fin ». Dans sa théorie, il ajoute à cela la supériorité « morale » de l’Homme sur la nature et les animaux car eux, au contraire, peuvent être utilisés comme moyen. Face à cette dernière remarque, deux réactions "évidentes" :

1 – Quel scandale lorsqu’on voit les dommages causés par l’industrie sur la nature !

2 – Certes, cela serait un scandale mais Kant ne pouvait prévoir la crise écologique au moment de la rédaction de ses ouvrages.

De mon côté, je rejette les deux remarques et affirme que Kant a toujours eu et même encore davantage raison aujourd’hui, au moment même où je dénonce la crise écologique et la destruction de la planète par le Capitalisme. Car, en fin de compte, pourquoi faut-il protéger notre environnement ?

Pour sauver l’Humanité.

Cela peut choquer ; il est indéniable que cette idée va à contre-courant du discours dominant que l’on entend à longueur de temps dans les médias, et par les porte-paroles d’une écologie déconnectée du social.

  « Pauvres animaux qu’il faut sauver », « beauté de la nature à préserver » etc. Je suis d’accord avec ça. Mais contrairement à eux, je demande : pourquoi ?

Je le répète ; l’humain est au centre de ça, l’humain interagit avec la nature, a besoin de cette beauté, a besoin que la chaine alimentaire ne soit pas coupée car il serait, au final, la victime de tout cela. Il s’autodétruit au niveau environnemental ET social, voilà tout. L’humain n’a pas de supériorité physique aux autres animaux, au contraire ! Mais la différence fondamentale est qu’il a une conscience de soi et du monde. Pour ceux qui auraient tendance à mettre la faune au même niveau que l'humain, je rappellerais que les plantes (la flore, donc) sont également des êtres vivants et, pourtant, il ne viendrait à personne à l'idée de dire que qu'une plante ressent la douleur comme un animal. NON: tout n'est pas égal !

L'Humain, la faune, la flore, sont tous des êtres vivants mais distincts les uns des autres.


« Egoïste ! » s’exclame certains devant ces paroles. En réalité, je ne vois pas ce qu’il y a de plus altruiste que de dire que l’Humanité doit être sauvée dans son ensemble, qu’il ne faut pas surexploiter les richesses, mais apprendre à les partager à l’intérieur des pays et au niveau mondial. La "Nature" dont on parle n’a de supériorité que parce que l’Homme existe (sinon, supériorité par rapport à quoi ?) et qu’elle est sa raison de vivre. 


Pour prouver toutes ces idées, je pose ces simples question:

- Quel autre animal que l’Homme s’inquiète de la survie de sa propre espèce ou de la Nature ?

- Si la Terre n’existait plus (imaginez une explosion, par exemple), en quoi serait-ce un Mal, qui s’en inquiéterait ? Et mêmes vous, humains, pleurez-vous devant l’explosion d’une météorite ? 

- Si la fin n’est pas l’Humain, alors pourquoi ne nous indignons nous pas devant cette planète Vénus qui n’a guère de glacier, Mars qui n’a plus d’eau ? Allons les sauver ! Sauvons cette Nature supérieure ! Non ? Et la température sur Mercure, je ne vous en parle même pas !

On pourrait me répondre qu’il n’y a pas eu d’actions humaines qui ont altéré les changements naturels. Certes. Mais alors : fallait-il découvrir (inventer) le feu, capable de détruire le bois ? L'être humain doit bien agir sur son environnement, encore doit-il le faire de façon raisonnable avant que son action se retourne contre lui.

Enfin :

 - Quoi de plus naturel que 2 atomes d’oxygènes et un atome de carbone ? Sont-ils mauvais en eux-même ou juste parce que, dans une certaine mesure, ils nous rendent la vie impossible ?

 

Comme disait Lavoisier : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

La nature, au sens large, est toujours là, juste transformée et inhumaine.      

 

 

B/ Les dangers de l'autre vision de l'écologie

 

Cette deuxième partie va permettre de mettre en relief les arguments précédents. En effet, pourquoi insister sur l’idée que l’écologie politique doit avant tout viser à protéger l’Humain ? Après tout, si cela passe par une protection de l’environnement, cela ne changerait pas grand-chose…


Au contraire, je pense que  ne pas définir cet ultime objectif de l’écologie politique est dangereux et crée le clivage entre l’écologie de la Droite, du grenelle, de Nicolas Hulot et consorts et l’écologie des anti-productivistes qui la relient à la question sociale, comme nous y reviendrons dans le C/.


En effet, sur quoi s’appuient les premiers ? Tout d’abord, ils réduisent la question environnementale au réchauffement climatique, montrant des images chocs de glaciers qui s’effondrent, d’animaux en voie d’extinction afin de montrer les effets néfastes de l’Homme sur la nature. Ils oublient le problème de la limitation des ressources matérielles ; ainsi, la question du partage n’est pas posée et la croissance matérielle non contestée. Surexploiter les ressources n’est pas un problème tant que la pollution est moindre. Le problème écologique ne peut se régler ainsi.


 En faisant cela, ils ne remettent pas en cause notre système capitaliste mais culpabilisent chacun individuellement (par les images choc) tout en ne contestant pas l’accumulation de richesses ; il faut « consommer différemment » et choisir les produits « bio » sur le marché. Cela permet à la fois de contrôler la vie privée de la population et donne de nouveaux débouchés aux entreprises capitalistes pour faire davantage de profits. Sur ce point, il est aisé de voir comment l’écologie est un grand enjeu du marketing, la concurrence qui s’exerce entre les entreprises pour démontrer leur respect de l’environnement alors même que leur activité ne peut l’être. Par exemple, Airbus démontre que la construction de ses avions est écologique mais aucun de ces écologistes que nous dénonçons ne remettra en cause les vols sur de courtes distances etc.


Et c’est ainsi que le seul moyen de faire de l’écologie pour ces adeptes du marché et de l’intérêt individuel, est d’inciter individuellement, de contrôler la vie privée alors que le bien est commun. Cela est très important à comprendre. L’écologie qui se développe actuellement peut très bien être source de reculs sociaux et est le futur des régimes autoritaires ou totalitaires. En effet, puisqu’il est juste question de « sauver la planète », pourquoi ne pas aller jusqu’à accepter un suicide collectif ? De manière plus quotidienne, un ensemble de règles « écologiques » tentent de régir notre vie privée sans remettre en cause le système. Ainsi, « ne consommez pas tel produit qui n’est pas national » alors même qu’on ne remet pas du tout en cause la mondialisation et l’explosion des transports qui en résultent ; « n’utilisez pas trop la voiture qui pollue » alors que l’utilisation est souvent nécessaire étant donnée l’organisation de la société, que le prix des transports publiques augmentent fortement ou certains lieux sont mal desservis etc. Elisabeth Badinter a ainsi montré comment la culpabilisation dans la consommation, et notamment de produits encore majoritairement achetés par les femmes, c'est-à-dire liés à la famille ou aux tâches ménagères, sont d’autant plus de moyens de permettre une nouvelle domination masculine : les progrès du féminisme sont, par là, remis en cause. Cette morale écologique, intrusion dans les moindres détails de la vie privée, si elle va au bout, n’aura rien à envier à l’Allemagne d’Hitler ou l’URSS. Seule l’idéologie au nom de laquelle on appliquera cela aura changé.  

A ce danger s’ajoute un autre, tout aussi totalitaire voire pire, qui est celui du scientisme : croire que l’on va tout résoudre à coup d’inventions scientifiques. Là encore, c’est l’Homme qui est oublié. Pas de remise en cause de l’exploitation, de la sur-consommation mais il est seulement question de trouver un moyen de continuer sur la même voie grâce à la technique. Cela peut s’allier aux projets les plus fous et qui vont constituer un grave problème du XXIème siècle ; celui de l’Homme bionique, parfait, qui pourrait ainsi être compatible avec un environnement inhumain.


Bref, cette vision fait froid dans le dos, mais il ne faut pas croire que ça n’est que de la fiction. Le discours actuel nous renseigne déjà énormément. Car comme le dit cet excellent slogan du Parti de Gauche, « dans le capitalisme vert, le problème, c’est pas la couleur ». Tout y est.


Publié dans Economie - Enjeux

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